Comment gérer les communs ?

Entre la propriété privée et la Res Publica, la Res Communis, la propriété commune. Comment gérer les communs ? Répondre à cette question, c’est les rendre possible. Ils sont déjà souhaitables.

Organigramme de gestion multilatérale des sociétés à responsabilité illimitée

Comment gérer les communs ?

Les entreprises humaines collectives dans l’industrie, la banque, les services, l’énergie ont des responsabilités économiques, sociales, sanitaires, environnementales, énergétiques, géo-stratégiques que statuts privés ou publics ne leur permet pas d’exercer, que les législations et les contrôles échouent à encadrer.

Elles émergent désormais comme des « biens communs », ni privés, ni publics, à gérer comme tels et de façon interdépendante, multilatérale et démocratique par toutes les parties prenantes : les entrepreneurs, les salariés, les fournisseurs, les consommateurs, les collectivités territoriales et publiques, les finançeurs/acteurs monétaires, les associations de consommateurs et environnementales.

L’appropriation et la gestion commune des communs est donc très différente de la collectivisation, de la nationalisation comme de toutes les solutions de gestion unilatérale des entreprises par les seuls salariés.

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Pour un troisième terme, les communs, entre la propriété privée et la Res Publica

Au croisement de ce que nous pouvons vouloir et de ce que nous ne voulons plus à tout prix, il y a des solutions à ramasser pour le glaneur de clairière :

Au sommet de la pyramide républicaine bourgeoise, il y a le droit de la propriété. Il permet aux 1% de s’approprier l’intégralité de l’influence, du pouvoir et du bénéfice démesuré que procure la coordination en organisation de l’ensemble des individus qui se dépensent en tant qu’individus, mais ne sont jamais rémunérés qu’en tant qu’individus, alors que le tout qu’est chaque entreprise procure tellement plus que la somme de ses parties (Proudhon). La domination financière ne cessera que lorsque le capital sera chassé du pouvoir de décider seul du sens à donner à l’entreprise humaine et du privilège démesuré de capter seul les fruits de la coordination des efforts et des ressources de tous. Ce n’est pas une question de redistribution des richesses, mais de réappropriation commune des richesses et du pouvoir. C’est aussi, pour les 99%, l’enjeu, le défi démocratique inouï de participer directement aux décisions qui les concernent, seule façon de se restaurer dans sa dignité, dans l’interdépendance librement discutée et la coopération plutôt que dans la mise sous dépendance et la subordination.

Un « peuple d’individus souverains », une démocratie, cela ne peut pas être le lieu de la lutte de tous contre tous, de la concurrence de tous contre tous pour se disputer le droit de vendre les heure de sa vie en échange du salaire individuel le plus concurrentiel sur le marché du travail, en se condamnant, outre à la subordination et à la pauvreté, à polluer, à surexploiter, à empoisonner, à tromper, à produire de la camelote, à subir la tyrannie du management, le deuxième cercle, qui impose à tous la logique du seul profit imposé par le tyran, le premier cercle, le capital, anonyme, inhumain, irresponsable et criminel sur tous les plans : sociaux, sanitaires, écologiques, énergétiques, politiques, géopolitiques, monétaires.

Nous nous restaurerons dans notre dignité humaine (le contraire de l’indignation) quand, sur le plan du droit, nous aurons aboli les privilèges de la propriété individuelle sur les propriétés communes, quand sur le plan de l’intelligence collective, nous seront à la hauteur pour gérer ensemble, démocratiquement, avec toutes les personnes concernées (et pas seulement les seuls travailleurs) des entreprises devenues des « sociétés de personnes et d’intéret commun » et non plus des « sociétés de capitaux et de profit ».

Vigilius Argentoratensis

Merci à Paul Jorion qui nous rappelle Proudhon, à Néo Trouvetou, et à La Boétie.

v. 0.01 du 17 mars 2012.
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Sociétés Anonymes contre Démocratie

Nous n’avons pas de prise démocratique sur les sociétés anonymes, multinationales ou non. Leur activité a des répercussions démesurées sur nos vies et sur le destin politique des nations. Elles sont à l’origine de bien de nos maux. La solution radicale à ces maux passe par la réforme de ces acteurs économiques tout-puissants. Cette réforme n’est possible que par une volonté politique et seul un mouvement social d’ampleur sans précédent est à même de porter une telle volonté politique de changement.

L’histoire récente de l’inflation législative favorable aux seuls intérêts des multinationales, de l’impuissance des agences de contrôle démontre qu’il est impossible de réguler, de contrôler, de civiliser, d’humaniser les sociétés multinationales et les sociétés anonymes par le droit, par la règlementation. Ce sont elles qui produisent le droit dans tous les secteurs où elles ont des intérêts, c’est-à-dire, bientôt, dans tous les secteurs. En dictature, elles achètent les dictateurs, en démocratie, elles favorisent décisivement les campagnes médiatiques des seuls candidats qui leur renverront l’ascenseur, qui du coup sont les seuls à avoir une chance d’être élus. La démocratie représentative est structurellement otage des lobbies, et le lobby bancaire et financier n’est qu’un cas particulier. Le même phénomène joue à plein dans l’agro-alimentaire, le nucléaire, le pétrole, la pharmacie, l’armement où l’on ne compte plus les lois et les pratiques politiques scélérates à l’endroit de l’intérêt, de la sécurité, de la santé, de la liberté du petit peuple. Sauf cas exceptionnels relevant de la qualité individuelle de certains dirigeants et cadres, il est structurellement impossible de réguler, de civiliser, d’humaniser l’activité des sociétés anonymes et des multinationales, surtout avec le chantage au chômage et à la délocalisation qu’elles pratiquent sans vergogne dès qu’elles voient leurs intérêts immédiats ne serait-ce qu’égratignés.

Il n’y a doc pas à tortiller, il faut sortir du capitalisme au sens technique et étroit du mot, c’est-à-dire du système de droit qui donne tout pouvoir aux seuls actionnaires dans les entreprises et du système monétaire qui lui confère la toute-puissance. Sinon, le phoenix anthropophage renaîtra toujours de ses cendres, reprendra toujours l’avantage sur l’état et le corps social, suscitera toujours de nouvelles kleptocraties à partir de n’importe quelle révolution faite ou à faire.

Il n’y a que deux solutions pour retirer le fondement-même de la puissance monopolisée par les possédants grâce au droit de la propriété et au droit des affaires :
1. Nationaliser et gérer les entreprises de façon centralisées, ce qui marche assez mal et n’enthousiasme plus grand monde. C’est le modèle daté historiquement du centralisme soviétique en URSS et ailleurs au XXème siècle.
2. Proposer de démocratiser la direction des sociétés anonymes et des multinationales elles-mêmes en leur laissant le statut d’entités autonomes, mais gérées démocratiquement en interne par des Assemblées Générales multilatérales chargées d’impulser et de contrôler leur stratégie, leur organisation et leurs pratiques et responsables sur les plans éthiques, sociaux, environnementaux et politiques (et non plus seulement financier) afin de remédier à leurs nombreuses dérives internes et externes.

Cette deuxième solution serait une évolution à penser à partir du mouvement coopératif et mutualiste de la démocratie directe au consensus, et qui instituerait la notion de gestion multilatérale des entreprises de grande taille (non pas par les seuls actionnaires, non pas par les seuls travailleurs, non pas par les seuls sociétaires).

Par le nombre de personnes, de territoires qu’elles font vivre, par leur impact sur l’environnement, par leur dangerosité potentielle, les entreprises multinationales, fruit du génie et du labeur humain, héritières des savoirs issus du domaine public, commun à l’humanité, sont à considérer démocratiquement comme des « biens communs » à extraire du droit privé, à gérer en commun selon un statut tiers, ni privé, ni public.

La solution de gestion multilatérale des « biens communs » n’est ni de droite, ni de gauche. Elle allie le pragmatisme de la liberté entrepreneuriale (chère à la droite et à la gauche libérale) au progrès social et environnemental (chers à la gauche en général et aux écologistes). Elle institue une régulation courte des systèmes par la participation de toutes les parties prenantes à leurs Conseils et directoires. C’est bien-sûr une proposition révolutionnaire sur le plan du droit de la « personne morale » des entreprises et de leur gouvernance. Elle suppose aussi certainement de remplacer la recherche d’investissements capitalistiques par le recours à des acteurs démocratisés de création monétaire par le crédit (1), autre organe de régulation externe de leur activité. Mais, après l’échec de l’état et des institutions internationales, c’est peut-être le seul moyen de mettre l’humain et la préservation de la planète au centre des préoccupations des acteurs économiques eux-mêmes.

Les multinationales cesseraient d’être des acteurs prédateurs en interne avec leurs propres employés et en externe avec les ressources naturelles, les appareils et les institutions politiques qu’elles rendent autoritaires et belliqueuses et les populations prises partout en otage jusqu’au moindre recoin de leur existence. Elles cesseraient d’être irresponsables, gouvernés par le non-sens, à savoir le profit pour lui-même, seul objectif quantifiable qui puisse être pris en compte par des actionnaires anonymes et des investisseurs financiers dépourvus de tout moyen d’infléchir les politiques entrepreneuriales à partir de leur éthique individuelle et de leur sens des responsabilité globale, qu’ils peuvent avoir, mais qu’ils ne peuvent pas exercer en tant que tel.

Dans le cadre du système actuel, les « 1% » sont des êtres humains aussi, mais ils n’ont aucun moyen de le prouver. Même le ruissellement humanitaire provenant de leurs montagnes de richesses accumulées n’irrigue plus, ne fait plus fleurir les sourires, ne fait que creuser, éroder et ne contrecarre pas la désertification. Ils s’enorgueillissent de « faire vivre » des centaines de milliers d’employés, mais se voilent la face sur les centaines de milliers ailleurs qu’ils « laissent mourir », qu’ils condamnent à la misère, à l’empoisonnement, à la mort violente. Ils sont humainement les premiers otages d’un système de guerre économique patiemment construit, d’autant plus otages qu’il les enrichit sans limites, irrémédiablement.

Vigilius Argentoratensis
première mise en ligne 21 décembre 2011

(1) C’est l’objet de la « révolution monétaire », elle-même également indispensable pour sortir du capitalisme en remplaçant la notion de « financement » par celle de « monétarisation ».

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Les pistes de travail de la commission « Monnaie et Economie »

DES INDIGNES DE STRASBOURG

La commission Monnaie et économie des indignés de Strasbourg s’est réunie pour la première fois le dimanche 4 décembre 2011.

Sa méthode n’est pas que tout le monde tombe d’accord sur les orientations et solutions proposées. Il suffira de pousser globalement à la roue dans la même direction…
Seul l’avenir dira si ces options sont trop révolutionnaires ou reviennent simplement au bon sens. L’objectif des travaux est d’élever par la discussion le niveau de qualité de solutions souhaitables, démocratiques, équitables et réalistes.

Ce sont donc des solutions évoquées comme pistes de travail pour les assemblées populaires pour faire face à la crise de la dette, à la crise économique, à la crise climatique, à la crise environnementale, à la crise sociale, etc. Ces pistes et groupes de travail sont proposés, pas encore validés par les assemblées.

- LUTTER : Opportunité d’une campagne européenne pour l’abrogation de l’article 123 OBJECTIF : l’abolition de l’esclavage de la dette publique (si validée, à travailler au niveau européen et occidental : cible les pays d’Europe, les Parlements à Bruxelles et Strasbourg, contacts et coordination avec Occupy US) ;

- PROPOSER le mot d’ordre « FRAPPONS FORT, FRAPPONS MONNAIE » et la réflexion sur les monnaies franches et/ou l’appropriation multilatérale des banques privées (ni privées, ni publiques, mais « biens communs », cf. infra).
OBJECTIF orienter démocratiquement (avec les acteurs économiques, sociaux, les particuliers, les « clients » des banques, les territoires) les flux de la création monétaire par le crédit afin d’atteindre nos objectifs communs écologiques, énergétiques, économiques et sociaux. (A travailler au niveau Global et de coopération populaire Nord-Sud) ;

- PROPOSER sur l’économie en général, de pousser les réflexions sur les Entreprises à concevoir (sur les plans juridiques et manageriaux) comme des « biens communs » gérés démocratiquement (cf. les « commons », res communis, ni privés, ni publics), la mise hors la loi du statut privé de Société Anonyme et la démocratisation de leur gestion en conseils d’administrations multilatéraux (composé p.ex. des fondateurs, salariés, clients, fournisseurs, assos de consommateurs, collectivités territoriales), OBJECTIF : solution radicale à de multiples problèmes et menaces par la régulation courte et orientation multilatérale de l’activité des acteurs économiques de la finance (voir supra), de l’industrie, de la distribution… sans tomber dans la collectivisation centralisée de triste mémoire à l’Est.

- URGENT, CREER ET DIFFUSER des kits d’urgences de création et de gestion populaire et démocratique de monnaies franches anti-crises fondé sur les expériences en Argentine, Allemagne, Suisse et d’ailleurs (à travailler au niveau national pour regrouper les compétences).

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Vrai et faut débat autour de l’article 123 du Traité de Lisbonne et de la « monétisation »

Les indignés en Europe dénoncent de plus en plus nombreux l’article 123 du Traité de Lisbonne, l’article par lequel les états s’interdisent de se financer sans intérêts et s’obligent à payer de lourds intérêts aux banques et aux riches, ce qui est la cause réelle de la dette publque. L’establishment répond, pour reprendre l’expression de l’humoriste, non seulement en prenant les gens pour des cons, mais en ne les prenant que pour des cons. La réponse faite aux indignés, non seulement ne répond pas à la question posée, mais démultiplie le scandale.

Après la performance des juristes à la solde des milieux financiers qui ont formulé cet article, les économistes appointés ont préparé des fiches aux politiciens qui font mine de prendre la question de haut et disant pour une fois la vérité : « D’abord, la monétarisation de la dette n’est pas une panacée, on voit où cela mène les USA, ensuite l’article 123 n’interdit pas à la Banque Centrale Européenne de racheter des dettes publiques, vous vous posez de fausses questions. »

C’est la stricte vérité. Mais c’est un double scandale pour qui la comprend. Non seulement l’article 123 interdit aux états de créer leur monnaie, d’alléger directement leurs dettes publiques, d’investir pour remédier à la crise écologique ou pour réorienter l’économie dans un sens plus humain, etc., mais il n’interdit pas de sauver les banques privées en sortant les obligations les plus pourries de leurs actifs. La Banque Centrale Européenne n’a pas le droit de financer gratuitement ou de sauver les états, elle n’a que le droit de financer et de sauver les banques. (*)

____________________

(*) Explication et sources. La monétarisation, c’est la fabrication de monnaie par le souverain pour investir, fonctionner ou racheter ses dettes. La monétarisation est largement pratiquée par la FED aux USA qui achète à tour de bras les obligations du Trésor américain dont personne ne veut plus. En Europe, la monétarisation passe pour interdite par l’article 123 du traité de Lisbonne. C’est faux, « la monétarisation est pratiquable, parce qu’elle est pratiquée », rappelle Frédéric Lordon (voir ce chapitre à la page : http://blog.mondediplo.net/2010-02-17-Au-dela-de-la-Grece-deficits-dettes-et-monnaie#tdm ).

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Utopie et Hybris. La Paix par la démesure

Assez ! Assez de mesure et de raison ! Assez de vécu ou de rêves de sociétés sages et régulées, de ces sociétés post-catastrophiques supérieures et condamnées, comme celle de tous ces peuples amérindiens, de ceux d’Afrique, d’Asie et d’Océanie, et qui seront toujours comme nos utopies décroissantes, toujours massacrées, violées, pillées, réduites en esclavage, décimées, génocidées, chassées, spoliées, ridiculisées, dont la terre cathare sera toujours transformée en désert rocailleux, glacé ou brûlant par les soudards de la civilisation de l’anté-catastrophe. Où que nous allions, quelque raison que nous invoquions, ils ne connaissent que la force. Toujours ils se rassemblent, jusqu’à présent invaincus, sous leurs étendards où se croisent la peur de la trique et l’avidité de jouir.

Image du Blog mamatus.centerblog.net
Source : mamatus.centerblog.net sur centerblog.

Nous sages et mesurés, toujours ils étendront leurs pillages. Le bouclier ne triomphe pas de l’épée. C’est pourquoi notre civilisation de l’anti-catastrophe ne peut avoir que plus d’hybris, de génie, d’inventivité, de culot, de vie et de force que son ennemie mortelle, qui est aussi l’ennemie mortelle de toute vie sur terre, mais tout cela sans jamais lui ressembler, lui céder, ni s’y corrompre. L’Hybris de la liberté, de l’amour, de l’intelligence, de la créativité et de l’empathie universelle, l’hybris du désir de regarder les étoiles en face, de s’en rapprocher, de les toucher, de rêver plus fort et plus beau que les mercenaires de la Foi, que les renégats de l’art vendus aux conquistadores des imaginaires, voilà qui fera de notre utopie tout sauf un îlot de paradis dans un océan de chaos, tout sauf un arpent de réserve naturelle dans un désert de fer, de verre et de béton. La civilisation de l’anti-catastrophe, nous la portons dans nos coeurs et nous éreinterons la peur et l’avidité du monde, non pas parce que nous ne ressentons pas de peur ou d’avidité, mais parce que nous avons plus de peur encore, que nous sommes plus avides encore, mais pas des mêmes choses, pas des choses, et que nous, nous ne fondons pas notre vivre ensemble sur elles. C’est par la démesure de notre peur de la médiocrité et par la démesure de notre avidité à ne pas nous satisfaire de seulement tout avoir que notre virtus prévaudra. La Liberté, l’Intelligence et l’Amour ne fondent pas d’utopie raisonnable, elles participent du jaillissement illimité des formes et il y a en elles plus de démesure que dans la peur et l’avidité réunies. Joyeux sous nos oriflammes, notre crache sera la plus forte et en face, ils déserteront leurs rangs pour grossir les nôtres. Alors seulement, nous aurons la Paix. Ce sera quand la Paix sera plus créatrice et génèrera plus de force et de prospérité que la guerre et le mensonge.

première mise en ligne 19 février 2011

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Les 3 piliers de la profitation mondialisée : trois axes pour le mouvement social

Comprendre le capitalisme pour le détruire


C’est à la fois une conclusion synthétique et un point de départ. Le capitalisme comme système, analysé sous l’angle épuré de la seule recherche de sa destruction, repose principalement sur trois piliers. Ces trois piliers deviennent alors les axes fondamentaux de lutte et de proposition pour le mouvement social.

Le premier pilier du système capitaliste devenu mondial repose sur la forme juridique de la personne morale des entreprises, qui appelle à une révolution législative chirurgicale mais décisive pour découpler pouvoir et propriété privée et accoupler responsabilité et gestion commune, pour donner un sens autre que le profit pour lui-même (c’est-à-dire le non-sens) à l’action collective humaine. Le deuxième pilier du capitalisme, qui lui confère la toute-puissance et nous asservit tous, états, nations comme individus, c’est la captation de la circulation du crédit (la monnaie des banques) par le système bancaire privé qui appelle à une révolution de la création et de la circulation monétaire locale, régionale et mondiale. Le 3ème pilier, c’est notre propre soumission et notre propre participation, résignée, désespérée ou jouisseuse à l’édification ou au maintien des hiérarchies financières, entrepreneuriales, politiques et religieuses. S’affranchir de la hiérarchie, y compris de la hiérarchie dite démocratique, c’est apprendre à construire sa vie et le monde sur autre-chose que sur la corruption le pouvoir, la manipulation, la séduction, l’envie ou la peur. C’est une révolution spirituelle, culturelle, pédagogique et sociale, celle du gouverner ensemble sans chefs.

Ces trois piliers ne sont pas les seuls, ils sont seulement les trois principaux à abattre. Toutes les autres réalités, structures et dynamiques, toutes les inventions et les innombrables conséquences importantes ou secondaires, monstrueuses ou anodines du capitalisme reposent et foisonnent à l’infini à partir de ces trois piliers fondamentaux enracinés dans l’histoire de la modernité et bien au delà en arrière.

Venir de tous les horizons pour commencer à casser ces trois piliers, c’est couper court aux bavardages, aux commentaires interminables, aux pesées grassement rémunérées avec deux poids et deux mesures du pour et du contre, c’est prendre l’initiative en sachant où aller, c’est se lever pour pour agir, se lever pour protéger, se lever pour chasser, pour tuer l’hydre à trois tête qui dévaste cités et campagnes, qui empoisonne la terre, arrête le bourdonnement de l’abeille, fait fondre les montagnes, brûle la forêt, noircit la mer, éteint les étoiles du ciel et corrompt jusqu’au for intérieur de l’homme, de la femme et de l’enfant. Allons ! Il est temps de dévaler depuis tous les horizons à la fois, pour circonscrire le mal et pour le vaincre, pour changer d’ère, enfin. Il y a trop à perdre à ne rien faire.

La méthode de réduction synthétique qui dégage ces trois angles d’attaques principaux n’est pas une doctrine, un obscurantisme ou un mysticisme. Ce n’est pas non plus du romantisme révolutionnaire. Il y a une intelligence créatrice qui s’aiguise dans ce combat mené sur tous les plans et sur toutes les interfaces de la complexité du système. Cette intelligence créatrice est notre principal atout. Sans elle, le combat pour un monde meilleur non seulement ne peut aboutir, mais ne peut même pas véritablement commencer.

Tout un monde qui attend son  heure

La multitude des héros et des héroïnes qui scrutent pour les détruire partout où elles apparaissent ces trois têtes hideuses de l’hydre mondialisée, ainsi que toutes les autres qu’elles ont engendrées et engendreront encore, savent mieux que quiconque formuler très clairement ce que nous ne voudrons jamais plus voir dans les formes et les pratiques nouvelles que nous commençons déjà à forger. Elles existent déjà, parfois depuis longtemps, certaines de ces formes nouvelles, mais elles sont comme les pièces d’un puzzle encore éparpillé. Elles sont partout présentes ou intuitionnées, au coeur du jardin secret des rêveureuses d’équité et de joies partagées, au fond des ateliers, des tranchées, des campagnes ou des caves, dans les labos, les couloirs et les cafets des universités, et aussi dans les recoins oubliés de l’histoire réécrite sans vergogne par les vainqueurs, loin du regard des prédateurs, loin du feu des projecteurs ; toutes ces formes et voix nouvelles ou vénérables, encore ou toujours étouffées par le revers des couvertures médiatiques faites pour les faire taire, pour faire croire qu’à part l’inacceptable, il n’y a rien à voir, rien à faire, rien à dire.

Tels des mammifères minuscules nocturnes et furtifs fuyant les pas lourds des dinosaures démesurés, les formes et l’image du monde de demain encore à construire attendent leur heure. Elles s’aiguisent et attendent d’être brandies au point de l’aube pendant que d’autres préparent activement la venue du météore qui jettera à jamais le feu puis la nuit sur l’ère des monstruosités.

La Geste suspendue

Au coeur de la lutte contre l’ancien paradigme qui est aussi l’effort pour créer le nouveau, il y a un point d’oscillation, un moment critique de l’histoire qui est aussi un basculement doté d’une durée tragique.

Dans l’arène, quand dans la confusion, toutes les formes sont encore éparses et qu’aucune image d’ensemble positive ne se dégage pour l’avenir, quand la création symbolique est encore et toujours monopolisée et stérilisée, quand l’art et l’intelligence ne produisent que des profits, des commentaires et jamais de sens, alors, les héros suspendent indéfiniment leur geste, les foules tournent en rond, désorientées, ne savent où faire porter leurs efforts, hésitent à porter le coup fatal au monstre qui les asservit, celui qui les fait vivre et les laisse mourir. C’est le temps de la violence, du désespoir, de l’émeute et de la révolte, pas de l’exode libérateur ou de la révolution. Quelques profiteurs pendus aux lanternes ou tirés de leur lit à l’aube ne mettent pas fin à l’ère de la profitation, derrière eux mille autres attendent pour prendre leur place. Tant que l’image du monde n’est pas formulée en conscience, tant qu’elle n’est pas discernable en positif et non en creux, alors se prolonge l’heure ou bien le siècle du désarroi et du doute.

Mais dans le même temps, sur la table de l’architecte et du rêveur éveillé, quand toutes les formes anciennes et nouvelles sont éparses et qu’aucune image d’avenir ne se dessine vraiment encore, ce que l’être de conscience ne veut plus jamais voir, ce qu’il ne veut plus jamais vivre, ce qu’il ne veut plus jamais subir ni faire subir dessine clairement les contours des agencements à composer, donnent une direction sûre à ses traits qui jettent enfin des fondations qui rassurent et finissent immanquablement par enthousiasmer tous ceux qui attendent au milieu du gué de l’histoire, à entraîner même ceux qui sont restés sur l’autre rive, sous le poids de la soumission ou du dégoût d’eux-mêmes. Alors, dans la confrontation du monde et du coeur, de la conscience et de la pensée des catégories inédites apparaissent qui tournent la page du nihilisme dans lequel à sombré l’époque. Le désir de construction commune est recontacté. Le consensus, par delà les clivages historiques, culturels, raciaux ou de classe redevient possible, parce que les fondements de l’espoir commun ne sont plus idéologiques, ni métaphysiques, ni identitaires, ni situables politiquement dans les anciennes catégories, mais existentiels et qu’ils relèvent de l’humanité et d’un destin partagés.

Tisser l’étoffe du monde nouveau

La méthode. Au croisement de ce que j’affirme et de ce que je refuse

Devenir et rester vigiles sur ce que nous ne voulons plus jamais voir, vivre, subir ou faire subir, voilà donc le geste de dénégation encore et toujours répété qui tissera la trame du monde de demain à partir des fils tendus depuis le passé vers l’avenir par l’intuition et l’imagination créative propre à l’esprit humain et au foisonnement de la vie. Savoir ce que nous ne voulons plus jamais voir, vivre, subir ou faire subir à d’autres est donc essentiel, mais qu’est-ce que c’est, exactement et dans le détail ? En faire la liste et la partager, c’est construire sans même le savoir la grande coalition des forces du mouvement social de demain. Peu à peu, comme tout se tient, tous seront amenés à brandir les cahiers de doléances issus de l’indignation de chacun.

Savoir quels fils tendre vers l’avenir, quelle direction donner à la construction commune est l’autre travail créatif à parachever, c’est celui qui accouchera des nouvelles formes de l’organisation collective, sociale, économique et politique. Il a fallu la renaissance européenne, redécouvrant la démocratie grecque pour mettre fin aux monarchies de droit divin en Europe, sur lesquelles se fondaient l’inégalité et les injustices vainement combattues au prix du sang par les peuples durant les âges sombres. Maintenant, c’est cette modernité démocratique européenne, c’est-à-dire cette antiquité née du génie grec, qui devient la forme à dépasser tant elle est incapable de se refuser à l’étreinte de l’ogre pour sauver le monde, d’extraire l’humanité de sa culture du rapport de force, tant elle est incapable d’assurer la justice et l’équité et d’assumer les défis sociaux, écologiques, climatiques, monétaires de l’époque. Et qu’on ne nous menace pas de tyrannie !

L’Europe et les Etats-Unis d’Amérique avaient ressuscité le modèle grec comme forme de la modernité politique. Il s’est agi d’une révolution politique, mais pas une révolution économique, culturelle et sociale. La bourgeoisie a continué à armer ses navires pour piller le monde et ses ressources, elle a continué à faire ses guerres pour génocider, ses lois pour asservir les peuples, pour les condamner aux travaux forcés. En Europe, les principes universels édictés sont restés à l’avantage quasi exclusifs de quelques nationaux au détriment de tous les autres peuples et races vaincus et colonisés par la collusion du capitalisme, de la finance et du pouvoir politique. Maintenant que la ploutocratie s’accomode de la forme démocratique pour asservir le peuple, maintenant que ce système a tout envahi, maintenant qu’il devient universel sans être universaliste, où dans le passé de l’humanité ou bien dans quelle imagination du futur, l’humanité globalisée doit-elle chercher ou inventer la forme de son organisation macro-sociale, la forme de la régulation de son activité économique, les formes de son vivre ensemble à toutes les échelles ? Y répondre, de toutes les manières possibles, c’est tendre les nouveaux fils pour raccrocher un avenir à notre présent et tisser les formes nouvelles de notre être, vivre et travailler ensemble.

Vigilius Argentoratensis

v. 0.5

1ère mise en ligne 18 février 2011

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Filed under Synthèses

Quel visage pour la civilisation post-capitaliste ?

La démocratisation de la vie, de la gouvernance, de la direction des entreprises de la finance, de l’industrie et des services sera tôt ou tard au coeur de la prochaine révolution mondiale, tout simplement parce que ces acteurs, leur logique, leur déconnexion par rapport à la réalité humaine, sociale et écologique est au coeur des problèmes à l’ère du grand tournant.

Quel visage aura la civilisation post-capitaliste ? Les gens souhaitent plus de démocratie, plus d’équité, plus de partage, plus de responsabilité par rapport aux impacts négatif des activités économiques. Ils souhaitent que la paix s’établisse autour d’eux, de meilleurs logements, une nourriture saine, une activité professionnelle sans subir le harcèlement moral de la hiérarchie, pour eux et leurs enfants, moins de cancers dûs aux dizaines de milliers de molécules chimiques domestiques, moins de guerres et d’horreurs, moins d’algues vertes sur les plages ou de centrales nucléaires prêtes à exploser dans leur voisinage.

Pour obtenir tout cela, nous sommes nombreux à vouloir vivre une réelle démocratie maintenant, oui, pour remplacer la logique implacable et insensée des marchés et du profit qui corrompent toutes les élites, contournent toutes les régulations, ou bien pire, les imposent pour obliger les citoyens à payer l’intérêt de l’argent que leurs états n’ont plus le droit de créer, les obliger à payer toute leur vie durant des loyers et des traites et des intérêts exagérés pour se loger,  des lois scélérates qui interdisent au paysan de planter ses semences, au particulier de produire son électricité, de se loger ou de se soigner naturellement au moindre coût, de choisir sa vie, d’offrir  l’hospitalité aux migrants chassés de chez eux par l’exploitation éhontées des richesses du monde ou les guerres fomentées pour le profit.

Sans préjuger d’autres évolutions, étant donné la puissance des acteurs économiques et leur toute puissance sur les élites et les institutions des états et des organisations internationales, il devient de plus en plus évident qu’il n’y aura pas de démocratisation de la vie économique sans démocratisation directe de la gestion stratégique et opérationnelle des acteurs économiques eux-mêmes, c’est à dire des entreprises, des banques privées, des filiales locales des multinationales ou bien des multinationales elles-mêmes…
Les entreprises bancaires, financières, industrielles et des services (hors PME, artisanat, commerces individuels) ne pourront plus très longtemps relever du seul droit privé issu de la modernité, et ne peuvent pas être confiées au secteur public (pour des raisons de compétences et parce que personne n’y croit plus). Elles seront certainement à gérer au sein d’un tiers secteur à fonder en droit, celui de Res Communis, des « choses communes » dont le destin, la prospérité, l’évolution nous importe en commun, de même que leurs défauts actuels à corriger. Leur pratique systématique de l’obsolescence programmée, leurs pollutions, leurs toxines, leur dangerosité, leur perversité géopolitique, les conséquences sur le climat des choix de modes de vie qu’elles nous imposent nous impactent tous.
Les « choses communes » que sont les grandes entreprises, sont à gérer stratégiquement, et de façon opérationnelle non pas par le seul capital (libéralisme), non pas par les seuls producteurs (marxisme), sous la houlette de leurs technocraties étatiques respectives, mais par tous les acteurs concernés à savoir les fondateurs, les inventeurs, les travailleurs, les acteurs d’émission monétaire par le crédit, les fournisseurs, les clients, les collectivités, les usagers, etc.
Les bonnes pratiques qui préfigurent la gestion multilatérale des « choses communes » a déjà commencé à s’inventer et à se démocratiser sur les places publiques du monde qui en sont les premières agora et amphitéâtres. Ce sont elles qui préfigurent la gouvernance de demain et qui donneront confiance aux acteurs concernés pour changer de paradigme. Nous sommes désormais tous co-responsables de la réussite de l’intelligence collective. Cette (r)évolution touchera tôt ou tard les conseils d’administration autant que les institutions et les services publics. Il n’y a pas d’autre issue systémique à la crise actuelle.
La civilisation post-capitaliste, celle que nous souhaitons capable de régulation et d’équité, aura un nom et des pratiques qui restent à inventer ou à conforter. Mais elle ne se fera certainement pas sans démocratie directe, participative ou représentative élargie aux acteurs économiques eux-mêmes.

Vigilius

version 22 octobre 2011

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Entre la Res Publica et le droit Privé, la Res Communis

Le droit moderne distingue entre le Droit Public qui régit la Res Publica, la « chose publique », la République, et le Droit Privé, dont les piliers principaux sont la liberté individuelle et la propriété, et dont relèvent les entreprises, y compris les multinationales, les banques, la grande distribution, l’industrie, les services, les médias, etc.

En droit, outre la Chose Publique et la Chose Privée, persiste une notion ancienne, celle de Chose Commune, la Res Communis. Celle-ci était définie en référence à des biens communs et abondants, comme l’air, l’eau etc. La Res Communis, revisitée avec les nouvelles données anthropologiques et environnementales pertinentes pour notre époque, peut fournir le fondement conceptuel d’une notion de droit indispensable pour accompagner notre changement d’époque. La Res Communis peut désigner à la fois un ensemble de ressources, de biens et de services qui peuvent être considérés comme un bien commun, soit abondants, soit à préserver ou à gérer. La Res Communis peut aussi désigner l’entreprise collective (immeubles, meubles, outils de travail, compétences, forces de travail, clients, fournisseurs, collectivités, voisinage) qui les produit, les préserve, les gère, en profite ou en pâtit. Dans les deux acceptions du terme, il s’agira de gérer ensemble ce bien qu’il soit commun ou « communalisé » dans les cas où il s’agira d’en retirer la gestion au seul secteur privé, c’est-à-dire aux propriétaires du seul capital.

Pourquoi faire émerger le concept de « Res Communis » ?

La crise systémique globale que nous connaissons au tournant du XXIème siècle survient au moment du passage de « l’ère de la croissance et de la concurrence » forcées à « l’ère de la régulation et de la coopération » non moins forcées.

Par nécessité de survivre dans la concurrence des nations et des acteurs économiques pour s’assurer l’exploitation des ressources et la domination des marchés, des secteurs de profit, la modernité européenne et son excroissance nord-américaine a lâché la bride au secteur privé, à son inventivité, sa réactivité, son initiative. Le droit moderne a créé une personne morale des entreprises privées et adaptée à cette course à la croissance assimilable à une course pure et simple à la survie d’acteurs en concurrence mortelle ou plus ou moins civilisée les uns avec les autres. Le geste du législateur qui a conféré à la propriété privée du capital un pouvoir sans partage d’initiative économique et de gestion des entreprises collectives humaines a été fondateur d’une civilisation qui a fini par prévaloir sur la planète entière. Mais le moment du triomphe absolu de cette civilisation correspond exactement au moment de sa fin. La civilisation de la croissance exponentielle exige un monde et des ressources illimitées. Le gouffre de l’espace s’avérant infranchissable à court terme, l’humanité se voit contrainte de changer de paradigme, ou de se résigner à transformer son environnement en désert global et hostile à la vie, à faire de la riante planète bleue un tombeau aride, battu par des vents torrides ou glacés.

Au moment de ce tournant et de ce choix, nous constatons que la chose privée, avec laquelle nous sommes tous plus ou moins compromis dans notre existence quotidienne, soit de producteur, soit de consommateur, soit d’assisté ou de victime, est hors de contrôle. Son influence est telle sur les décideurs du système que celui-ci se voit bloqué. La régulation longue par l’autorité publique, par la réglementation et le contrôle, est partout en déroute ou en retard d’une catastrophe, sur les plans monétaires, sanitaires, alimentaires, de santé publique, de pollution, d’orientation des politiques énergétiques, de diversité biologique, etc. Les réglementations sont à chaque fois trop lentes, édulcorées par les lobbies. Les autorités de contrôle sont dépeuplées, les services régaliens sont démantelés et vendus sous l’influence d’acteurs économiques privés capables de dicter leur loi tant aux élites des dictatures que des démocraties.

Dans un contexte de sclérose généralisée du débat politique et économique, seul le corps social, la société civile, la population, le peuple, les gens, les travailleurs, les chômeurs, les consommateurs, les fonctionnaires, les entrepreneurs, les chercheurs, etc., conscients de la situation et présent à tous les étages du système sont en mesure de conceptualiser et d’imposer les changements systémiques nécessaires. Encore faut-il qu’ils prennent le temps de les élaborer, de les débattre, des les choisir, de les organiser, de les imposer. Il est à prévoir que la redécouverte de la pratique directe de l’Agora pratiquée par les mouvements d’occupation des places Tahrir, de celles d’Athène, de la Puerta del Sol, de Wall Street, de Bruxelles, seront un moment important dans ce processus qui prendra des années, voir des décennies jusqu’à aboutir.

Dans la liste des options de régulation systémique, l’émergence de la notion de Res Communis est particulièrement prometteuse, que ce soit dans le domaine bancaire, monétaire et du crédit avec la crise financière, budgétaire et la récession qui accompagne la fin de la croissance, mais aussi dans tous les domaines où l’entreprise capitaliste de grande taille est devenue potentiellement (et souvent réellement) dangereuse ou dommageable si son orientation stratégique et son activité n’est pas pilotée dans une perspective commune et partagée entre tous les acteurs concernés.

La « mutualisation », la mise en commun à l’échelle adaptée, de la gestion stratégique de nombreuses entreprises de capital, dont celles du secteur bancaire (qui orientent encore actuellement toute l’émission monétaire par le crédit en fonction d’intérêts purement capitalistiques) apparaît comme une solution élégante, peut-être la seule à notre disposition pour résoudre, à la racine, de très nombreux problèmes qui préoccupent, indignent ou scandalisent, chacune dans leur domaine et séparément, les personnes correctement informées des dégâts causés tant par le système capitaliste, que sa généralisation et sa faillite.

Il est à prévoir que de très nombreux acteurs sociaux, économiques, associatifs, syndicaux et même les collectivités et des élites pourront être mobilisés par la perspective d’intervenir dans la gestion commune des banques, des sociétés touchant aux secteurs stratégiques de l’énergie, de l’agro-alimentaire, de la chimie, de la pharmacie, du nucléaire, de l’armement, des médias, du transport, de la grande distribution…

Il est à prévoir que de très nombreuses associations, collectifs de vigilance et d’initiatives citoyennes contre les dangers du nucléaire, contre les gaspillages et l’obsolescence programmée, contre la surexploitation des ressources ou l’extinction des espèces ou encore préoccupées par le sens et les conditions de travail, de pérennisation de services publics ou sociaux non-marchands, seront susceptibles d’être fédérées autour de ces concepts et ces pratiques de mutualisation de la gestion répondant à leurs préoccupations.

Les propositions liées à la démocratisation de la gouvernance des structures du méso-social, des entreprises, des banques, des collectivités, des territoires, des administrations, autant que de la gouvernance aux échelles nationales et régionales sont porteuses d’avenir en ce sens qu’elles apparaissent comme les seules solutions à même de répondre aux défis du siècle. Il est à prévoir que ce seront elles qui seront mises en avant par les mouvements sociaux de demain, amplifiés par la voix de millions de personnes privées du nécessaire autant que de leur liberté d’expression politique par un système figé, sclérosé, décadent et condamné. Elles portent en elles les germes de nouvelles pratiques, de nouvelles pédagogies démocratiques, mais aussi de nouvelles façons de se confronter à la perversion relationnelle, aux enjeux d’influence. Et en ce sens, si elles constituent une solution systémique authentique, elles ne seront, au quotidien pas une solution aux problèmes, mais une nouvelles façon d’y faire face, ensemble, dans la discorde ou la concorde, mais en tout cas dans la coopération plus que dans la concurrence. Et cela, ce ne sera pas la moindre de ses vertus culturelles, démocratique, humaniste ou spirituelle, mais aussi économique.

version du 12 octobre 2011

remerciements à Florian C., étudiant en Droit.

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Un commentaire

Filed under Res Communis, Root Striking

Renoncer à notre pouvoir de nuisance

Par ici, il en est qui sèment le vent, prennent des gens, en font des souchiens, attisent leur colère et les lâchent contre de nouveaux boucs émissaires, les arabes, les noirs, les musulmans. De l’autre côté, déjà les Saint-Just se frayent un passage vers la tribune, pour du haut de leurs 20 ans exiger la tête du « Roi », des banquiers, des patrons, bientôt écoutés par tous ceux dont la frustration est à son comble. Se garder de toute violence, résister à la tentation de ruminer de noirs desseins de vengeance est difficile, peut-être même surhumain face à tant d’insolence et de cynisme, mais c’est le seul moyen de ne pas devenir identiques à ceux que nous combattons. Réussir à rester pacifiques, ne veut pas dire se laisser massacrer ou renoncer à toute confrontation, c’est exprimer un préalable à établir entre nous, pour qu’il n’y ait pas cette fois-ci de Saint-Just, de Robespierre, de Terreur, d’épuration, ou bien de Saint Barthélémy et pour que nos rêves ne tournent pas encore une fois en cauchemar. Pour que la démocratie réelle, celle des assemblées populaires souveraines d’elle-mêmes, ne devienne pas plus inhumaine que son simulacre impuissant ou que son épouvantail, la dictature.

Promettez-le ! Pas de chasse aux sorcières, pas d’ »aristocrates à la lanterne », pas de massacres, pas de pogroms ou de ratonnades cette fois-ci, que ce soit dans trois mois ou l’année prochaine, pas de champ libre parmi nous pour l’idéologue, pour le nostalgique de l’ordre ou des révolutions sanglants du passé, qui « désigne l’ennemi » et attise la colère, qui nous fasse devenir comme nos spoliateurs, nos dominateurs. Pas de chef non plus, pas de Napoléon, de Pétain ou de Lénine. L’ennemi est partout et nulle-part, c’est chacun-e de nous qui animons la bête que ce soit par notre sueur, notre consentement, notre passivité face à tant d’injustices révoltantes, ou par un obscurantisme violent. Si nous commençons à chercher des coupable et à faire tomber des têtes, rien ne pourra arrêter l’hécatombe. Nous sommes tous sur la même planète, même le riche n’est à l’abri de rien et craint pour l’avenir et la vie de ses enfants. Chacun est projeté sur sa trajectoire de vie, tous peuvent être frappés par la Grâce de l’Histoire. Nous sommes tous appelés à devenir plus sages et attentif à autrui. Désormais, nous avons tous un immense pouvoir de nuisance les uns sur les autres. Notre objectif de chaque instant, est qu’il nous faut réussir à nous mettre en situation de pouvoir y renoncer. Tous.

La meilleure façon de commencer à le faire est bien de discuter ensemble, à en être d’accord, à être assez en paix avec soi-même pour lâcher un peu ses préjugés.

En face, ceux qui profitent encore de l’ordre des choses et qui n’ont pas encore tout perdu, encore une petite majorité de personnes en Occident, ont déjà suffisamment peur de voir leur monde s’effondrer de lui-même. La peur génère la violence et l’oppression. Les « indignés », tout pacifiques et minoritaires qu’ils soient, leur font peur. Un ministre français a dit qu’ils sont « une menace pour la sécurité intérieure de la France ». Il a bien raison, mais seulement de son point de vue à court terme de propriétaire et d’officier de bord d’un Titanic qui coule. Ce qu’il craint, c’est ce qui va tôt ou tard se produire, c’est que la vraie démocratie, celle des Assemblées capables d’élaborer des consensus pour le bien général, prenne non seulement la rue et les places Tahrir, mais aussi les banques, les entreprises du CAC 40, les services publics, les maisons de la radio, les journaux…
La menace pour la sécurité intérieure de leur France, de leur Europe, de leurs U.S.A., c’est que que nous gérions nous-mêmes nos affaires, que nous frappions monnaie nous-mêmes au lieu d’emprunter et de payer des intérêts qui nous éreintent (annuellement 45 milliards d’Euros pour la seule France), c’est que nous participions (syndicats, salariés, associations de consommateurs, collectivités locales) avec un pouvoir de co-décision aux assemblées d’actionnaires de leur Areva, de leur Servier, de leur Montsanto, de leur Bouyghes, de leur Auchan, de leur France-Télécom (pour qu’on ne s’y immole plus par le feu), c’est que nous mettions fin à l’obsolescence programmée, au pouvoir sans partage de l’actionnariat, à la concurrence de tous contre tous, que nous vivions notre vie gratuitement nous-même au lieu de rêver de le faire par procuration en fantasmant sur un home cinema payé à crédit.

Mais certains « révolutionnaires » de l’ancienne école sont comme les possédants. Politiciens et possédants ont leurs vérités et leurs calculs. Ils sont en guerre et ne prennent jamais le temps d’écouter. Ils excluent les gens concernés de leurs conseils, ils craignent qu’en invitant des gens trop différents d’eux dans les assemblées souveraines, celles-ci ne donnent rien, que les choses n’aillent pas assez vite, assez loin, ou contreviennent trop à leurs intérêts tels qu’ils les comprennent avant toute discussion. Ils préfèrent rester entre eux. Mais les uns et les autres seront dépassés par la gauche, par la droite, par le haut et par le bas par les gens qui s’écoutent, qui s’aiment, se respectent, qui parlent et agissent ensemble et qui s’entraident malgré leurs différences.

Déjà, je ne peux plus payer mon loyer, ni mon chauffage, et je ne suis pas le seul. Demain ne ressemblera donc pas à hier, ni à aujourd’hui.

Demain, ce que nous aurons préparé comme relève, comme nouvelle façon de faire ensemble, ce que nous aurons tissé comme solidarités, ce que nous aurons banni comme violence, comme esprit de vengeance, ce que nous aurons commencé à penser et à créer ensemble, sera pour tous, y compris pour ceux qui nous combattent, le seul espoir qu’il y ait encore une aube après le crépuscule.

Vigilius Argentoratensis
première mise en ligne 24 septembre 2011

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